Silence 2012-2016

Cette sélection d’œuvres est tirée d’un corpus de recherche sur les végétaux et les minéraux. Par le principe photographique — ici avec un numériseur — je saisis le réel pour le représenter, le magnifier ou le transformer afin d’en accentuer les caractéristiques esthétiques et dans certains cas d’en atténuer toute référence à son milieu d’origine enfin, d’en faire une représentation renouvelée.

L’expérience de la nature participe aux stimulations de mon esprit et crée l’impulsion nécessaire à mon travail de création. En pratique, tout prend sa source sur le terrain. Je procède en cueillant directement dans mon environnement des spécimens, un peu à la façon de l’herbier ou de la collection, pour ensuite les numériser. J’ai introduit cette technique dans ma création en 1996.

Mes récents travaux ont pris une nouvelle avenue lorsque j’ai introduit le monde minéral à mes univers de référence. Les éléments utilisés proviennent de ma collection personnelle, ils sont tous porteurs d’une histoire particulière qui leur confère une profondeur supplémentaire, puisque j’en connais la provenance et les caractéristiques. Mon intention première était de magnifier au maximum le sujet afin d’en révéler les détails et les particularités et de créer cette sensation d’intimité et de proximité que je recherche. Mais, l’inverse s’est produit, l’objet apparaît éloigné, isolé, à des milliers de kilomètres de nous. La représentation du réel est là, dans sa facture,  mais dans son rendu, l’image qu’elle donne à voir est entièrement détournée du sujet initial. Elle s’en distancie à tel point que l’objet ou la matière ainsi traitée acquiert une dimension cosmique accentuée par la captation de la poussière ambiante qui crée une sorte de voix lactée d’une autre échelle. L’objet devient flottant dans ce nouveau contexte, il semble être dans le cosmos, s’éloignant totalement de son lieu d’origine.

Ce jeu de perception me questionne, m’interpelle. L’objet que nous côtoyons familièrement n’est-il pas sublimé lorsque sa dimension et son contexte s’y prêtent ? Le sujet nature qui semble parfois obsolète, ne revêt-il pas dans cette dimension tout le sublime qui le caractérise et ce, même quand ce sujet est en processus de fin de vie ? Et justement, la transformation inéluctable que le temps opère sur les végétaux et les minéraux – même si, pour ces derniers, le processus est plus lent – n’est-elle pas la métaphore de notre propre existence, elle aussi temporaire ?

La nature est simple parce qu’elle s’applique à être ce qu’elle est, sans plus. La nature de l’Homme est compliquée parce qu’il s’éloigne souvent de ce qu’il est.

Dans un monde de plus en plus virtuel, auquel je participe d’ailleurs, je crois que rien ne remplace l’expérience concrète du contact direct avec notre environnement, avec la matière ou avec les objets. Ce qui ne s’oppose pas, à mon avis à l’usage que je fais des techniques numériques dans ma création : celle-ci génère une lecture poétique de notre réalité. Dans ce contexte, ma recherche se veut un dialogue entre la nature et le technologique préconisé par le virtuel. Elle en rapproche les genres, offrant un regard différent, sensible et respectueux sur le vivant.

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