Les quais font partie de la vie des gens de la côte maritime du Saint-Laurent. Plusieurs sont désaffectés, d’autres sont démolis, mais ceux qui restent sont toujours fréquentés.

L’activité principale des gens qui vont sur les quais, c’est d’aller voir. Voir le paysage. Toujours le même, mais jamais pareil. Voir la mer, voir l’activité qui s’y passe, voir le temps qui change, le temps qui passe devant nos yeux. Voir l’arrivée des bateaux et leur départ, voir bouger les glaces, voir les vagues arroser le quai, voir, voir, voir…

Tous ces gens qui vont sur les quais pour regarder s’imprègnent du paysage, satisfait d’être allé plus loin que le bord, de s’être avancé dans la mer.

J’aime à penser aux milliers et aux milliers de regards que le quai de Kamouraska a permis, et à toutes les réflexions qu’ils ont suscitées, toutes les décisions prises, les déclarations d’amour, les peines, les joies…

Dans les yeux de ces personnes que j’ai rencontrées au quai de Kamouraska, le paysage y est inscrit et moi aussi je m’y inscris, gardant délibérément la présence du photographe dans l’œil à certains moments. Le paysage était le complice et le lien entre eux et moi. Cette disponibilité, cette ouverture à se faire photographier regardant la mer, est née par mon approche, par ma facilité à créer des liens, mais aussi, et en grande partie par le sentiment festif et ouvert que le quai inspire. Étant moi-même née près d’un quai, je ressens cette atmosphère d’ouverture et de complicité que ce lieu insuffle.

Le quai est un lieu de communication, un lieu porteur d’une mémoire collective. Un lieu que l’on partage facilement, où nous sommes tous sur le même pied, lié par un plaisir commun; celui d’aller jusqu’au bout; pour voir plus loin, pour rêver sa vie encore et encore, comme l’ont fait des milliers de gens avant nous et comme le feront tant d’autres après nous, et ce, aussi longtemps que les quais vivront.

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