Photographie

Le mur Troubadour, 2012-2013

2012-2013

Au printemps 2012 j’ai été invitée par les petits frères des Pauvres de Toulouse en France à vivre aux côtés de personnes âgées et de bénévoles lors de leur séjour à Saint-Cernin, petit village du Lot, dans la maison de vacances de l’association. L’objectif de cette résidence : me donner l’opportunité de créer un corpus d’œuvres liées à l’expérience de la rencontre. Inclure les personnes âgées dans ce processus en plus de les instruire à mes recherches. C’est dans ce contexte de cohabitation et d’échange que chaque personne âgée a occupé une place de choix, inhabituelle et valorisante avec moi. Ce procédé a créé un rapport d’intimité et de confiance entre nous. Je me suis rendu compte assez vite que le sujet dominant de cette résidence c’était la personne humaine au sens universel, l’individu avec son histoire propre, bref, son unicité. L’image préconçue de la personne démunie et seule était dépassée.

À la suite de divers événement, j’ai fait le choix de faire le portrait en buste et en pied de chaque individu. J’ai choisi, pour des raisons historiques et sociales de prendre un mur de pierre de la résidence comme arrière-plan pour tous les portraits. L’unicité du fond permettait de mettre en avant-plan la personnalité de chaque individu et les liait tous à leur patrimoine.

Le mur troubadour

Par la suite, à mon atelier au Québec j’ai réalisé une série de collages photographiques sous forme de diptyques où je dévoile deux aspects des gens du Languedoc. À gauche la personne est représentée de façon réaliste en ne montrant que son expression faciale. À droite, en alcôve, la personne en pied nous en révèle beaucoup plus dans un monde imaginaire et poétique que je lui ai créé. La série s’appelle Le mur troubadour soulignant ainsi le lien entre ces créations et les poètes lyriques de langue d’oc de la région du Lot, où ce travail a pris son essence. Toutes les photographies utilisées pour les photomontages ont été réalisées durant mon séjour dans la région Midi-Pyrénées.

Les retombées

Cette expérience de travail m’a permis de revenir à mes expériences sources. J’ai vécu mon enfance voisine de mes grands-parents maternels, j’avais un lien très fort avec eux. Je les ai accompagnés jusqu’à la mort. Je n’ai jamais cessé de les admirer dans toutes les étapes de leur vie. Ils font partie de mon processus de création et j’ai compris pourquoi les « vieux » me touchaient tant, là, dans le Lot, dans toute la sensibilité de leurs regards.

Lors de cette résidence, ma relation à l’autre, ma capacité à entrer en contact et à composer avec l’autre, furent les points de départ de mon processus et de mon acte créateur. Cette méthode s’inscrit maintenant de façon déterminante dans la suite de mon travail.

Je ne peux que constater l’importance du témoin, de celui qui reçoit l’existence de l’autre pour ce qu’elle est et qui par cette action lui redonne un sens, une richesse qui ne serait pas divulguée si, en tant que témoin, je n’avais pas croisé leur chemin. Je leur permets d’oser et d’apparaître. En plus, je garde une trace de cette rencontre et la leur redonne amplifiée par ma propre résonance. Ce travail fait le pont entre le besoin de créer et celui de rejoindre l’autre.

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