Photographie

Motif 132 : pour se rejoindre, 2011

2011

J’ai abordé ce thème de façon socio-poétique et culturelle. Je l’ai regardé à partir de la Gaspésie et de son histoire. Des chemins d’eau, aux sentiers en forêt, des routes de terre battues, à la route 6 devenue la 132. Cette route mythique est, et fût, essentielle à la vie de tous les gaspésiens. Elle est la voie indispensable au développement de leur territoire. Elle brise l’isolement en leurs permettant de se rejoindre. Par métaphore, je veux dire que : « si la Gaspésie était une personne, la 132 serait sa veine principale ; si la Gaspésie était un arbre, la 132 serait sa sève, et si elle était une feuille, la 132 serait sa nervure première ».

À partir de ces métaphores, mon approche est de faire ressortir les parallèles existant entre les routes construites par l’Homme, et celles développés par la nature, ainsi que la nécessité pour les deux de posséder de tels réseaux.

La route se déroule sous nos voitures de façon presque inconsciente. Tel un tapis roulant infini. Mon intérêt pour la matière et les gros plans m’ont amené à photographier les textures du bitume, et de sa ligne médiane. Suite à cette série de prises de vue, un motif s’est imposé , le triangle : le triangle créé par la photographie en plan rapproché de la barre jaune en point de fuite sur la route. Cette forme renvoie à la flèche, donc à la direction, au déplacement, à la destination, à la route. Aussi ce motif, par sa couleur et sa forme, évoque rappellent la signalisation routière et les cônes « danger ».

J’ai fait de ce triangle jaune sur fond gris, le motif de base de mon travail que je nommerai, Motif 132. Cette simple image contient, à mes yeux, l’icône de la route créée par l’Homme contemporain. Moyen de communication aux destinations infinies et matière première non-durable : ce bout d’asphalte c’est la conscience de tous les passages et les pavages répétés qui y sont associés.

De là, l’utilisation du phénomène mathématique des fractales1 et mon interprétation du triangle de Sierpinski2. En appliquant ce système de fonctions répétées avec le Motif 132, j’ai créé 6 figures fractales.

1. Une fractale désigne des objets dont la structure est invariante par changement d’échelle. Les fractales sont des figures irrégulières, ramifiées, et arborescentes dont la structure fait souvent intervenir la reproduction de motifs par fractionnement. Ces figures sont devenus l’objet d’une branche mathématique dans les années 70 grâce, à Benoît Mandelbrot mathématicien français. Les informations sur les fractales sont tirées de Wikipédia et de plusieurs sites sur le sujet, dont :http://cosmobranche.free.fr/Science_VisionsFractales.htm

2. Le triangle de Sierpinski est obtenu en partant d’un triangle équilatéral. On prend les milieux de chacun de ses côtés, on relie les points, et on enlève le triangle équilatéral obtenu. On obtient alors 3 nouveaux triangles équilatéraux. On peut ensuite réitérer l’opération à chaque triangle à l’infini.

Les fractales sont en lien direct avec mon sujet : Lien graphique, deux triangles équilatéraux ; lien de temps ; le triangle de Sierpinski  n’a pas de fin, comme l’impression que la route apporte, lien dans la répétition ; le triangle de Sierpinski  ne cesse de se multiplier comme nos passages sur le chemin et comme le pavage.

Ces mêmes attributs s’appliquent aux objets des métaphores nommées préalablement. Car des formes fractales approximatives sont facilement observables dans la nature. Ces objets ont une structure auto-similaire sur une échelle étendue, mais finie : les nuages, les flocons de neige, les montagnes, les réseaux de rivières, lechou-fleur ou le brocoli, les voies respiratoires et les vaisseaux sanguins. Les arbres et les fougères sont de nature fractale. La branche d’un arbre ou la fronde d’une fougère sont des répliques miniatures de l’ensemble : pas identiques, mais de nature similaire.

Même si l’étude des formes fractales est assez récente, il semblerait que les espèces végétales ont développé cette structure afin d’augmenter leur « surface » d’échange avec le milieu extérieur. Cette nécessité se serait alors dessinée, manifestée dans le simple but de favoriser leur évolution, tout comme l’humain vis-à-vis des voix de communications.

Dans la construction du triangle de Sierpinski  avec le Motif 132, les vides laissés entre les assemblages de motifs ne sont pas triangulaires parce que mon triangle est contenu dans un rectangle. C’est une interprétation personnelle du triangle de Sierpinski . Ces espaces, variables par leur forme et leurs dimensions, deviennent l’espace poétique de la figure. Elles contiennent le propos métaphorique de mon travail.

La première métaphore de la route 132 apparaissant à la figure no 3, c’est la rivière. Cette photographie aérienne d’une portion de la rivière Nouvelle et de la route 132 ; toutes les deux en parallèle, ainsi que, le début de la Baie-des-Chaleurs entrevue à partir du delta de la Nouvelle, rappelle les chemins d’eau et aussi la forme organique de ce cours d’eau et de la route.

Dans la figure no 4, les branches d’arbres et ses ramifications font écho à la forme des rivières par leurs aspects sinueux et l’idée de la sève qui y circule à l’intérieur.

Dans la figure no 5, les nervures de feuilles, en plan macro, nous montrent un réseau de petits vaisseaux et des formes triangulaires qui se répètent.

Dans la figure no 6, des veines et des lignes sur la peau d’une main captées en gros plan, nous rappellent que les vaisseaux sanguins sont aussi des voies de circulation et qu’ils sont indispensables à notre vie. Ce dernier sujet, fait du dernier tableau, celui où l’être humain est directement représenté.

Le Motif 132 se déploie progressivement à la façon des poupées gigognes : du plus gros au plus petit. Donc, les photographies de métaphores subissent le même phénomène.

Il est cocasse de constater que les métaphores se présentent d’un tableau à l’autre en « zoom in » : le sujet le plus éloigné (la rivière), se retrouve dans la figure
no 3 où les Motifs 132 sont les plus gros et ainsi de suite. Donc la main, très grosse en plan rapproché, se retrouve sur la figure no 6 où les Motifs 132 sont les plus petits.

Cet ensemble de 6 tableaux crée une œuvre séquencielle provoquant un effet de déplacement. Comme sur la route, on part d’un point « A » la figure no 1 pour se rendre au point « B » la figure no 6. Et l’on peut faire le voyage en sens inverse.

Pour ce qui est de la diffusion sur le territoire, le motif no1 fera l’objet de compositions adaptées aux lieux publics désignés.

Rimouski, 28 mai 2011

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