Photographie

La marelle-mémoire, 2018

La marelle-mémoire, 2018

La marelle est un jeu dont les origines remontent à très loin, on en a retrouvé en Égypte et dessinée sur le sol du forum de Rome. C’est dire que ce divertissement a su traverser le temps. Il s’est adapté au fil des époques, mais son fondement demeure le même : un tracé au sol qui rappelle souvent en Occident, un plan simplifié de cathédrale et un jeton (marelle), un caillou dans la plupart des cas. Les enfants du monde entier jouent encore à ce jeu tout simple.

La marelle me sert ici de « véhicule ». C’est par elle que je transmets mon propos et c’est elle qui  amorce le dialogue avec le public. Formellement, en tant que jeu de parcours, elle est en lien avec le concept de mobilité de l’exposition et en lien avec mon sujet qui est le passage du temps ; sa trace sur les objets, les gens, la nature et même la mémoire.

Dans le processus qui m’a amené à la réalisation de cette œuvre je suis tombée sur une série de photo d’un voyage dans le Lot en France. J’ai été fasciné de voir ressurgir de ma mémoire tous ces souvenirs. Je n’ai pu que constater que sans ces photographies tous ces moments restaient enfouis en moi et s’étaient même effacés. La mémoire, comme les objets subissent aussi les effets du passage du temps. 

C’est parmi ces photographies de voyage, que j’ai choisi ces images qui évoquent pour moi la réalité du quotidien, l’éphémère, le fragile et les souvenirs. Pour être en filiation avec le jeu de marelle, j’ai intégré mon interprétation de la terre et du ciel que l’on retrouve traditionnellement dans les cases du bas et du haut. Entre les deux, c’est la traversée symbolique d’une vie habitée par des lieux, des objets et des gens. Tous des sujets appelés à changer, à se transformer, à porter les traces du temps, de notre histoire personnelle.

Collée directement sur un tapis simulant l’asphalte, cette installation photographique témoigne donc du passage du temps par son contenu et par l’action des visiteurs qui vont consentir à sauter sur une « œuvre » à en modifier l’apparence en y laissant leurs traces. Ces traces, laissées aussi par les éléments naturels, mais surtout par le public sont aléatoires et par le fait même – ne maitrisant pas notre destiné – ajoutent du sens à mon propos.

Fernande Forest, 2018

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